Novembre 1993 : les quartiers nord de Melun explosent en émeute juvénile urbaine. À l'origine, le décès d'un jeune
du quartier par défaut de maîtrise d'une moto. Mais pour tous, l'accident n'en est pas un et ce jeune ne peut qu'avoir
été volontairement renversé par une voiture de police. Et les rancoeurs, l'amertume, les sentiments de frustration
acuumulés se transforment en mini guérilla urbaine. L'autopsie de cette émeute met en parallèle, et en
contradiction, les discours et les attitudes de tous les acteurs de l'événement en remontant bien en amont de celui-ci.
Les positions juxtaposées des jeunes, des responsables politiques et administratifs, des professionnels d'éducation
et de jeunesse, des habitants, de la presse montrent alors le lent cheminement de l'inéluctable, dans une
démonstration qui va beaucoup plus loin que la simple analyse rigoureuse d'un cas local. Comment accumuler les
erreurs d'appréciation, de traitement, de considération, de choix de développement et d'accompagnement, comment
construire le foyer qui n'aura plus qu'à s'auto allumer : le mode d'emploi est sévère, et fondé. Mais comment éviter
de construire le foyer ? En ne reproduisant pas l'enchaînement des erreurs recensées à Melun, certes. La
conclusion des auteurs est plus globale, au risque d'être taxée d'irréalisme : « maîtriser les marchés financiers,
régulariser les marchés fonciers et réformer le code de l'urbanisme, repenser la fiscalité, transformer les politiques
de lutte contre la drogue, réinventer le rapport au travail... le nombre des chantiers est insensé... » Il ne s'agit plus
ici de penser à la mise en oeuvre simpliste du classique couple éducation-répression comme seule politique de
jeunesse, mais de constater qu'en dehors d'une réelle politique de développement d'autres quartiers exploseront
forcément un soir de trop grande frustration. L'histoire exemplaire du soulèvement d'un quartier, sous titre de ce
livre, est terrifiante dans sa rigueur qui montre que la France n'en est peut-être qu'aux prémices des difficultés
urbaines après quinze ans d'une politique de la ville aux méthodes limitées et donc aux effets insatisfaisants.
MELUN EST UNE VILLE CLASSER EN Z.F.U